Du statut de victimE à celui d’opresseurE.

Un poème tranchant sur l’autonomie des luttes, la nécessité de la non-mixité : sur des comportements, qui derrière un arbre, cachent la forêt de la position d’opresseurE non-assumée.

Ces larmes

d’une femme blanche qui vient au groupe des Femmes de Couleur

rien que

son chagrin nous plongea dans la culpabilité alors que nous nous accrochions

à ce minuscule centimètre carré que nos possedons et dont nous avons besoin

si désespéremment tant nous avons besoin de tellement plus

Nous lui avons demandé de partir

ce qui pris 10 minutes sur nos précieuses 60

Ces légions de lesbiennes blanches qui se sentent offensées

parce que nous avons un pot de l’amitié entre Lesbiennes de Couleur

une fois par mois durant 2 heures

sans elles

Ces larmes d’une femme hétéro

parce que nous avons botté dehors son petit ami

d’une lecture de poésies pour Lesbiennes seulement

lecture où on ne nous avait fourni aucun micro

& où la salle était trop petite pour nous toutes

crient que nous sommes des impérialistes

alors que j’avais dépensé 8 minutes à essayer de lui expliquer

qu’un groupe opprimé

ne peut pas opprimer son oppresseur

Elle m’ignore

fonça dans la salle en pleurs et déchaînée

nous ôtant 9 minutes de notre précieux minuscule centimètre carré

Ah ces larmes

qui pourraient être prisons, tombes, violeurs, voleurs, étrangleurs

ces larmes qui sont tellement gonflées de chagrin déplacé

Ces femmes qui ont l’habitude que leurs larmes fassent effet

et qui sont furieuses contre nous

quand ce n’est pas le cas

Nous ne sommes pas de vraies féministes disent-elles

Nous n’aimons pas les femmes

Je me retourne le visage trempé

Où sont nos emplois ? Nos appartements ?

Nos voix au parlement et au congrès ?

Où est notre sécurité face aux coups, face au meurtre ?

Vous ne pouvez pas nous respecter pour nous accorder

60 minutes ininterrompues pour nous-mêmes

Vos larmes sont des chaînes

Le féminisme c’est le droit pour chaque femme

de revendiquer sa vie propre son temps propre

ses ininterrompues propres 60 heures 60 jours 60 ans

Qu’importe comme tu es sensible

si tu es blanche

tu es

Qu’importe comme tu es sensible

si tu es homme

tu es

Nous qui ne sommes pas autorisées à parler avons le droit

de définir nos termes notre motte de terre

Ces faits n’ont pas à être débattus

Donnez-nous notre centimètre carré

& nous vous tendrons un mouchoir.

Chrystos, poétesse lesbienne Amérindienne.

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