AuteurEs de nos vies.

Le jugement éthique de l’Eglise sur le divorce et l’avortement est clair et bien connu : il s’agit de fautes graves (…) qui violent la dignité de la personne humaine, impliquent une profonde injustice dans les rapports humains et sociaux et offensent Dieu lui-même, garant du pacte conjugal et auteur de la vie“. Vive la modernité du Vatican qui prône toujours la fidelité comme premier moyen de protection contre les MST ! La dignité des femmes ne se mesure pas à leur capacité à rester avec leur mari ou à accoucher d’enfants indésirés, mais à leur capacité à se battre ensemble pour cette dignité dont ils osent parler à notre place. Notre dignité sera telle qu’on la construira. Laissez-nous être auteurEs de nos vies, maintenant, tout de suite. En Italie aussi, le pape est loin de faire l’unanimité …

Propos tenus au Vatican pour la messe de Pacques, ce 23 mars 2008.

Le jugement éthique de l’Eglise sur le divorce et l’avortement est clair et bien connu : il s’agit de fautes graves (…) qui violent la dignité de la personne humaine, impliquent une profonde injustice dans les rapports humains et sociaux et offensent Dieu lui-même, garant du pacte conjugal et auteur de la vie” (…) “Le divorce et l’avortement sont des choix (…) qui mûrissent parfois dans des circonstances difficiles et dramatiques (…) et sont une source de profondes souffrances pour qui prend ces décisions. Ils touchent aussi des victimes innocentes : l’enfant à peine conçu et pas encore né, les enfants impliqués dans les divorces”.

____________________________________________________________________________________

NO VAT - Communiqué

Manifestation du 9 février 2008 à Rome.

Au cours de l’année 2007, en Italie, les mouvements de libération des femmes, des lesbiennes, des gays et des trans- ont mobilisé de grands rassemblements – en juin avec la Fierté de Rome (1 000 000 de manifestant-es), et en novembre avec la manifestation contre la violence masculine sur les femmes (près de 200 000 participantes), au cours desquels se sont exprimées avec force la volonté d’autodétermination, la dénonciation des délires familialistes et l’ingérence du Vatican dans la sphère publique italienne.

La violence de genre exercée en tant qu’instrument de contrôle social sur les femmes, les lesbiennes, les gays et les trans-, au-dedans comme au-dehors du domaine privé se traduit dans le démantèlement des politiques sociales et le recours à outrance de la famille comme couverture.
L’alliance entre institutions et Vatican favorise en effet le remplacement progressif du welfare citoyen par des schémas idéologiques familialistes et des politiques sécuritaires hostiles aux droits de citoyenneté et légitimant les campagnes de persécution homophobes et racistes.
Les hiérarques du Vatican et les institutions néolibérales italiennes trouvent un terrain fertile à cette alliance au travers des processus de négationnisme historique et dans le dédouanement des fascismes – anciens et nouveaux. La construction d’une norme se faisant passer pour naturelle réactive des formes bien connues de violence et d’oppression contre les individu-es non conformes à cette norme.

Autodétermination, laïcité et antifascisme définissent nos pratiques de résistance, d’existence et de libération.

NOUS DÉNONÇONS
- le dangereux renforcement de l’alliance entre Église catholique et institutions, visant à renforcer les politiques familialistes, sécuritaires et prohibitionnistes, à démanteler les politiques sociales, à nier l’autodétermination des individu-es et à brader les droits de citoyenneté ;
- le processus d’un révisionnisme qui s’emploie à désavouer la Résistance et ignorer l’antifascisme ; négationnisme qui reçoit par ailleurs l’aval du Vatican lorsque ce dernier béatifie en tant que martyrs des kapos fascistes et franquistes et qu’il procède à une relecture réactionnaire de notre histoire passée et récente, comme c’est le cas dans la dernière encyclique papale.
- les attaques menées contre les mouvements d’autodétermination et de libération dans un dessein politique d’instigation à la haine qui elle-même alimente phobies, discriminations et menées fascistes.
- la criminalisation de la parole et des mouvements qui s’opposent à la surpuissance du Vatican et luttent contre le rétrécissement des espaces de laïcité ;
- les politiques du gouvernement et de l’opposition dans leur défense outrancière des privilèges économiques du Vatican ;
- le développement constant et à l’échelle planétaire du projet hégémonique du Vatican grâce à ses liens avec le système néolibéral et dans le droit fil de la domination patriarcale.

NOUS MANIFESTERONS
- contre tous les intégrismes et tous les fondamentalismes ;
- contre les ententes politiques sur les corps et sur les droits ;
- pour l’élimination de lois idéologiques répressives dictées par le Vatican ;
- pour la liberté de choisir en toute responsabilité, en toute circonstance et toute phase de la vie ;
- pour les droits et la pleine citoyenneté des lesbiennes, des trans- et des gays ;
- pour l’autodétermination des femmes ;
- pour la suppression de la loi 40 sur la procréation médicalement assistée (qui interdit à toute personne non hétérosexuelle et non mariée d’y recourir) ;
- pour une instruction publique et laïque ; pour l’abolition de l’heure obligatoire de religion à l’école et la suppression des subventions d’État aux écoles confessionnelles ;
- pour la préservation et le maintien de la laïcité dans la Santé publique ;
- pour la défense d’une politique d’aide sociale qui réponde aux besoins réels des individu-es ;
- pour l’abolition du Concordat et des privilèges qui en découlent (exemption de la taxe foncière, réversion au Vatican du 8/1000e des impôts perçus par l’État italien).

____________________________________________________________________________________

(De Rome) Face au tollé succité par l’initiative, le Pape Benoît XVI a finalement dû refuser l’invitation que lui avait adressée le président de l’Université de Rome-I La Sapienza, pour prononcer un discours à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle année académique, lors d’une cérémonie qui était prévue le jeudi 17 janvier 2008.

Dans une lettre envoyée au recteur de l’Université, plus de 60 professeurs, en majorité des physiciens, jugeaient en effet l’initiative “déconcertante”, parmi eux, et entre autres personnalités importantes de la recherche italienne, Luciano Maiani, président du CNR (Consiglio nazionale delle ricerche). Ces professeurs demandaient l’annulation de l’évènement qu’ils qualifiaient d’incongru “au nom de la laïcité de la science et de la culture et dans le respect de l’université ouverte à des professeurs et à des étudiants de toutes confessions et idéologies” . Ils rappelaient que, dans un discours prononcé à Parme le 15 mars 1990, Joseph Ratzinger, encore cardinal, avait repris les affirmations du philosophe autrichien Feyerabend et réaffirmé:

“A l’époque de Galilée, l’Eglise était restée beaucoup plus fidèle à la raison que Galilée lui-même. Le procès contre Galilée fut raisonnable et juste.”

Cette initiative a suscité l’adhésion de nombreux scientifiques en Italie comme à l’étranger, ainsi que d’un nombre important d’étudiants.

Chef d’Etat et autorité morale.

Le Pape Benoît XVI réactualise une certaine manière d’être Pape, tout à la fois chef d’Etat et autorité doctrinale et morale qui entend s’imposer à l’ordre et à la société laïque. Le fondateur du journal italien de centre gauche la Repubblica, Eugenio Scalfari, a exprimé sa préoccupation devant les tentatives répétées du Pape de “transformer la hiérarchie ecclésiastique et ce qui est pompeusement nommé Magistère en un lobby qui demande et promet faveurs et bénéfices “. Quelques jours plus tôt, le Pape avait tancé le maire de Rome, Walter Veltroni, pour l’état de délabrement de certaines zones de la ville.

Marcello Cini, intellectuel renommé, professeur de physique à la retraite et philosophe des sciences, le premier à réagir à l’annonce de l’invitation du Pape, écrit dans les colonnes du Manisfesto, journal communiste italien:

“Les universités, tout au moins les universités publiques, sont -dans les Etats non confessionnels- une communauté de gens d’étude, enseignants et enseignés, de toutes les disciplines universellement reconnues, de toutes les écoles de pensée, de toutes les cultures et orientations politiques et religieuses, choisis par leurs pairs pour leurs contributions scientifiques et culturelles. Aucun d’eux ne saurait accepter que quelqu’un, pour autant qu’il prétende à une investiture divine, puisse leur prescrire ce qu’ils doivent ou peuvent dire, faire et penser.”

Réactions propapales en Italie.

Après l’annonce de l’annulation, les uns ont salué le “premier acte de bonne volonté du Pape”, alors que les autres ont déploré “l’acte d’intolérance” de ceux qui se sont élevés pour défendre l’université laïque.

Des professeurs et intellectuels qui s’indignent, la presse italienne dresse un portrait peu flatteur : gens intolérants et sectaires qui craignent de se confronter à d’autres pensées que la leur. Radio Vatican parle de censure. Le président de la République italienne, Giorgio Napolitano, a adressée une lettre à Benoît XVI pour l’assurer de ses “vifs et sincères regrets”. Bien peu de place a été donnée à l’expression des motivations de ces hommes et femmes laïques ou athées qui ont refusé que la nouvelle année académique soit placée symboliquement sous le patronage d’une Eglise et de son représentant.

Vendredi, ces derniers ont trinqué à la mémoire de Galilée, mais les réactions outrées qui firent du Pape la victime d’un sectarisme dangereux rappellent que les forces contraires à la laïcité sont vives.

source

Les commentaires sont fermés.